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William Somerset Maugham: transformer en fiction le fil de la vie

Culture

Monde   //   Chronique

William Somerset Maugham a très tôt consacré sa vie à la littérature, désirant vivre de sa plume. Écrivain prolifique, il s’est illustré dans le genre du roman et de la nouvelle, mais aussi du théâtre. Sa vie, tour à tour difficile, mondaine et aventureuse, l’a mené à traverser tous les milieux sociaux et à visiter de nombreux pays. Cette trajectoire a sans cesse nourri son inspiration et lui a offert les sujets de ses œuvres de fiction.

William Somerset Maugham est né de parents britanniques en 1874 à l’ambassade d’Angleterre à Paris. Il apprend le français et se familiarise très tôt avec la culture française au point de parler plus spontanément français qu’anglais. Sa mère meurt, puis son père, le laissant orphelin à dix ans. Il est envoyé en Angleterre où il est confié à la garde d’un oncle pasteur rigoriste et peu affectueux. Plus petit que les autres, il se considère aussi très laid. L’école n’est pas un lieu d’épanouissement : il ne participe pas aux activités sportives et se trouve rapidement marginalisé. Pour meubler sa solitude, chez son oncle, il découvre la littérature et dévore les volumes de la bibliothèque. Ce goût va accentuer l’idée qu’il est différent et exalter également un sentiment de supériorité.

Écrire pour transcender le défaut de la parole 

Il est bègue, trouble de la parole qui l’a rendu d’une timidité excessive et l’a empêché de se lier facilement avec des inconnus. Cependant, comme il l’avoue lui-même, le bégaiement a eu une implication déterminante sur sa vie et sa carrière littéraire. L’écriture est une manière de sublimer ce problème, ce que démontre l’art du dialogue dans ses pièces de théâtre, caractérisé par des répliques spirituelles et des réparties cinglantes. Il a cultivé avec bonheur cet art dans ses récits où transparaît un sens dramatique aigu, certainement apporté par l’expérience de la scène. Ce défaut d’élocution est transposé en une malformation physique, le pied bot, dans son roman autobiographique Servitude humaine (1915). Le narrateur en souligne les bénéfices sur la vie du personnage :
«  En lui rendant l’existence si dure, son infirmité lui avait altéré le caractère. Mais d’elle venait aussi, il le voyait à présent, cette faculté d’introspection, source de tant de jouissances, cette passion pour l’art et la littérature.  »

Naissance de la vocation

Après un séjour de deux ans à Heidelberg marquant un éveil intellectuel, notamment par la découverte du théâtre avec les pièces d’Ibsen, Maugham rentre en Angleterre en 1892. La perte de la foi le détourne d’une carrière ecclésiastique qu’il juge d’ailleurs compromise par son bégaiement et il se voit contraint de choisir une profession. S’orientant vers des études de médecine, il fait connaissance avec le monde de la misère et ses plaies : tuberculose, malnutrition, bronchite chronique et alcoolisme. Cette expérience lui fournit la matière de son premier grand roman :
Liza of Lambeth (1897), fortement inspiré par L’Assommoir de Zola. Il connaît le succès. À ce moment, alors qu’une place d’obstétricien lui est offerte, il refuse, préférant écrire plutôt que d’exercer la médecine. Il franchit audacieusement le pas et décide de vivre de l’écriture. Il publie Mrs Craddock (1902), roman provocateur qui analyse minutieusement les étapes et les états de la passion chez une femme. Le roman est cette fois fortement influencé par Flaubert. Ces succès ne lui permettent cependant pas d’être financièrement à l’aise et il projette une carrière d’écrivain dramatique, seul espoir de gagner sa vie. Après un premier échec, Lady Frederick (1907), pièce bouleversant les préjugés et les conventions de la mise en scène de l’époque, connaît finalement un triomphe. La pièce reste à l’affiche un an. En 1908, cinq de ses pièces sont jouées simultanément. Maugham devient célèbre, les portes des milieux mondains s’ouvrent devant lui et une nouvelle voie s’annonce dans son inspiration : celle de l’analyse de ces milieux prestigieux très présente dans Le Fil du rasoir en l’image d’Elliott Templeton. En 1914, il aura publié et fait jouer dix pièces.

[…]

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Texte :
Jean-Luc Pauthier

Illustration:  
Éditions de la Table Ronde

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