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TAPE DANS TES MAINS !

Culture

Espagne   //   Chronique

N’a pas le rythme qui veut. En Espagne le palmeo ou l’art de battre la mesure avec les mains est un don, exploité tant pour accompagner le flamenco sur la scène que la vie au quotidien. Dar las palmas est une marque ibérique déposée qui évoque bien ce trait de caractère espagnol qui consiste à donner du rythme et de la couleur à chaque situation ¡Olé!

Fin de soirée dans un bar au sud de l’Espagne. Quelques amis finissent leurs verres en terrasse. L’un d’eux commence à chanter une sevillana (ou peut-être est-ce une alegría…) d’une voix rauque qu’il laisse trainer en fin de phrase. Instantanément, et sans avoir échangé un mot, les voisins de table participent en battant le rythme ensemble avec leurs mains. Il ne manque plus que le patron sorte sa guitare pour que la fête grandisse.

Dans le monde du flamenco, dar las palmas est un art à part entière. La technique pour battre des mains est aussi complexe que celle d’un instrument. Que ceux qui souhaitent l’apprendre ne se découragent pas pour autant ! Les puristes savent que pour accompagner un chanteur ou un danseur au flamenco, il existe les palmas simples, sourdes ou sonores et les palmas doubles. Un véritable solfège hispanique populaire inné pour la majorité des Andalous qui battent le rythme avec leurs mains spontanément à chaque fois que l’occasion se présente. Et pas besoin d’attendre une célébration d’anniversaire pour taper le rythme. Ceux qui ont ça dans le sang le font pour égailler n’importe quel moment du quotidien : l’arrivée du week-end, le fait que le colocataire ait préparé le repas et autres bonnes nouvelles au choix. Et pour tous ceux qui ont l’envie, l’énergie, mais qui n’arrivent toujours pas à suivre le rythme de leurs amis de Séville pour animer les fins de soirée, la technologie vient à leur rescousse : une application mobile a été créée pour apprendre aux amateurs à savoir bien « jouer » avec leurs mains, dans les règles de l’art. Ou du moins, en rythme…

Le palmeo est l’expression espagnole dans son essence la plus pure. On comprend toute la portée de cette expression lorsque l’on entend ces battements de mains dans des contextes non festifs. Et pour preuve, les chanteurs de flamenco ne semblent-ils pas souffrir profondément lorsqu’ils chantent le visage déformé par le drame mystérieux qu’ils entonnent ? Si la scène peut faire sourire les non-initiés, ceux qui savent, ceux qui comprennent cette douleur, sont émus aux larmes en écoutant et en observant ces chants tristes.

Il existe des styles de flamencos variés : certains racontent les joies de la vie, d’autres ses peines. Au quotidien aussi, les palmas des Espagnols peuvent résonner dans un moment de tristesse, même si c’est moins courant. Dans une cérémonie en mémoire d’une personne disparue ou en signe d’espoir et de soutien pour accompagner un proche dans sa peine, certains habitants tapent le rythme dans leurs mains et chantent des mélodies, leurs voix saccadées par l’émotion. Oui, le rythme doit être donné pour vivre les bons moments comme pour supporter les plus durs, como la vida misma.

Texte : 
Perrine Laffon

Illustration : 
Nikitabuida, Suteishi

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