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Sur l’autoroute du ciel

Culture

Espagne   //   Expérience

Je m’apprête à passer quelques jours au large dans l’Atlantique, aux fenêtres de l’univers. Le Roque de los Muchachos est un de ces lieux merveilleux où les télescopes poussent comme des champignons. Avant de partir, je choisis minutieusement mes feutres de couleur, collection « Crépuscule grandiose »…

Rendez-vous sur l’île aux télescopes

Je me rends à l’observatoire du Roque de los Muchachos, à La Palma, pour une mission d’illustration scientifique lancée par l’Institut d’astrophysique des Canaries. Je souhaite créer des images éducatives et sensibles pour contextualiser le travail des astronomes. De jour comme de nuit, j’observerai les télescopes et leurs fidèles astrophysiciens et astrophysiciennes. J’imagine déjà l’envers du décor, l’autre côté de la voûte céleste.
L’observatoire du Roque de los Muchachos figure parmi ces grands sites astronomiques où les étoiles brillent sans concurrence. Ses gigantesques télescopes trônent au sommet de La Palma, une des sept îles volcaniques de l’archipel des Canaries. Ils reposent sur le versant d’un immense cratère à 2 396 m d’altitude. Bien au sec sur son promontoire, l’observatoire émerge comme une forteresse magique de l’épaisse mer de nuages qui étreint la caldeira. Il offre une vue imprenable à 360° sur l’Atlantique et le parc naturel de Taburiente. L’atmosphère est fine et faible en perturbations, plaçant les observations astronomiques sous les meilleurs auspices. En effet, grâce à une stricte réglementation de la pollution lumineuse, lampadaires et enseignes s’éteignent tous les soirs pour favoriser la réception des signaux venus de l’univers. Dans cet environnement privilégié et soigneusement conservé, la Voie lactée rayonne comme une autoroute.

Au-dessus de la mer de nuages

Je monte en voiture au Roque de los Muchachos en compagnie d’Iván, journaliste, et de Nayra, astrophysicienne. Précédemment, j’avais visité l’impressionnant observatoire du Teide sur l’île voisine, Tenerife. Ici, Nayra et Iván me promettent des télescopes plus spectaculaires encore. Au petit matin, l’ascension depuis Santa Cruz est grandiose. Quelques cars – les guaguas – sillonnent déjà la route ensoleillée en direction de l’observatoire. Nous traversons la fameuse mer de nuages. C’est une zone à forte condensation d’environ 1 km d’altitude créée par les alizés qui précipitent les nuages contre les parois montagneuses. Des arbres torturés, perdus dans ce brouillard opaque, forment une arche mystérieuse sur la grande route des télescopes. Avec l’altitude, les nuages se dissipent et le paysage vert émeraude se désertifie. Passée la barre des 2 000 m, l’air chaud et sec décourage la majeure partie de la faune locale… mais pas les lapins ! Entre les massifs, je les vois gambader gaiement et grignoter la flore endémique canarienne. Ils pullulent depuis leur importation par les colons européens. Le sol rocailleux est tapissé de codesos, prolifiques et robustes arbustes aux fleurs dorées. Nayra, originaire des Canaries, m’apprend qu’au printemps se dressent aussi des tajinastes, ces grandes plantes à fleurs roses et bleues, coniques et iconiques, qui donnent au paysage désertique des allures extraterrestres.
Nous arrivons à l’observatoire en fin de matinée. Une unique route en serpent dessert l’ensemble des télescopes. Dans le hall de réception trône un immense miroir hexagonal, réplique d’une pièce des télescopes MAGIC (Major Atmospheric Gamma-ray Imaging Cherenkov). L’atmosphère est chaleureuse. Des personnes aux accents divers discutent en espagnol dans des sofas moelleux. L’observatoire est une drôle de petite ville, avec son hôtel in situ, son réfectoire convivial et son personnel présent 24 h/24, qui fait vivre le site presque en autonomie au sommet de l’île. Des chercheurs et chercheuses qui ne se connaissent pas viennent de l’autre bout de la planète pour quelques nuits d’observation. Parenthèse suspendue, le temps y défile à une autre vitesse, au rythme, sinon des astres, du moins de leur observation.

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Article complet au format papier dans Mayonèz Mag Nº8. Retrouvez tous les aperçus d’articles de Mayonèz Mag dans la section Archives.

Texte, photographie et illustration :
Ève Barlier

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