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Sarajevo, la nouvelle capitale européenne des touristes du Golfe persique

Société

Bosnie-Herzégovine   //   Reportage

Depuis 2012, les ressortissants du Golfe persique ont fait de Sarajevo l’un de leurs lieux de villégiature préférés en Europe. Ils y ont aussi massivement investi économiquement et culturellement, posant aussi la question de leur influence conservatrice sur un Islam traditionnellement plus tolérant, dans un pays toujours fragile après la guerre de 1992-95.

En ce début août, un soleil de plomb cogne sur Sarajevo, comme sur toute l’Europe. Mais pour les touristes du Golfe persique, le cagnard a la douceur des loukoums de la capitale bosnienne ; même sous l’abaya, ce vêtement féminin typique du Moyen-Orient qui ne laisse visible que le visage, les pieds et les mains, et que l’on voit partout dans l’ancien caravansérail ottoman qui a donné son nom à la ville. En quelques années, Sarajevo est devenu le hub européen de ces touristes arabes. En 2019, dernière année avant que le covid entrave le tourisme, 9% des 1,4 millions de nuitées en Bosnie-Herzégovine étaient occupées par de Saoudiens, devant les Croates, (7,8 %), Turcs (7,4 %) et Émiratis (6,5%), avant les grands pays européens. « Ce que l’on vient chercher, c’est l’histoire, ces petites rues anciennes, ces terrasses, cette ambiance d’Europe, car chez nous, tout est moderne. Que des centres commerciaux ! » s’amuse Mohammed Mihrzi, originaire des Émirats arabes unis. Il est là pour cinq semaines en famille, dans cette ville à mi-chemin entre Istanbul et Vienne, où les mosquées âgée de cinq siècles côtoient les églises orthodoxes et catholiques, puisque la Bosnie a aussi été occupée par l’Empire austro-hongrois à partir de 1878.

Un lieu de rencontre entre l’Orient et l’Occident donc, pour le meilleur souvent, parfois le pire. C’est sur un minuscule pont de la vieille ville que l’engrenage vers le carnage de la Première Guerre mondiale a démarré, avec l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, le 28 juin 1914. Le pays a aussi connu le conflit le plus meurtrier en Europe de la fin du XXe siècle avec 100 000 morts. Depuis 1995, Sarajevo a eu le temps de se reconstruire et a retrouvé son charme languide. Les touristes du Golfe en profitent. Dans une ambiance joyeuse, ils mangent le burek et boivent le café à la turque avant d’acheter des souvenirs de cuivre martelé dans les échoppes de bois. Ils sont comme chez eux. Au sens littéral du terme. « J’ai les mêmes voisins à Sarajevo qu’à Abu Dhabi », s’amuse Mohamed Mihrzi. Issu de la classe moyenne émiratie, il a en effet acheté une maison voilà sept ans, sur une colline autour de Sarajevo ; et il n’est pas le seul. Selon une enquête du Centre d’investigation journalistique bosnien, plus de 15 millions de mètres carrés ont été acquis par des sociétés du Golfe persique (la propriété directe est interdite pour les individus étrangers) depuis 2012, date des premières arrivées. 

Un petit tour à l’agence immobilière Park Group Dubaï, située dans la vieille ville, permet tout de suite de mesurer les attentes des clients du Golfe. S’ils prisent les balades dans Sarajevo, pour s’installer, ils préfèrent être au calme. Il s’agit aussi d’échapper à la chaleur du désert, et à son vide. Le long séjour en Europe est d’ailleurs une habitude bien ancrée dans les classes supérieures du Koweït, du Qatar, de l’Arabie Saoudite ou des Émirats. D’autres régions, comme Genève et ses environs, sont également prisées. « À Sarajevo, les ressortissants du Golfe veulent de la verdure et de la nature car il n’y en n’a pas chez eux. La mer ne les intéresse pas du tout » explique une agent immobilière. Au petit littoral adriatique de la Bosnie, ils préfèrent donc la jolie montagne et son ambiance très alpestre, avec quantités de sommets qui dépassent les 2 000 mètres. À Hadzici, par exemple, à « 20 minutes de l’aéroport » le mètre carré coûte environ 20 euros. À Konjic, à « 40 minutes de l’aéroport » dans les montagnes, cette valeur chute en dessous de dix euros.

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Texte et photographie :
Sébastien Colson

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