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Perdu à jeepney land

Société

Philippines   //   Expérience

Seigneur des routes depuis des décennies aux Philippines, le très coloré jeepney est un moyen de transport comme on en voit peu. Sans trajet prédéfini, sans prix officiel, sans horaires fixes ni régularité, il a pourtant la plus recherchée et la plus rare des qualités d’un transport en commun : il fonctionne à merveille pour ses usagers qui le préconisent depuis toujours. Plongée à bout de souffle dans l’univers jeepney.

Manille. 40°C. Le bruit, la chaleur, la mort à l’étouffée. Manille. 14h30, la ville, le chaos, la vie à l’arrachée. Il y a des endroits où on se sent immédiatement à l’aise. « En harmonie avec le monde qui nous entoure et notre environnement », dirait un mauvais livre de développement personnel. Le Yin, le Yang, saupoudré de zen attitude, de méditation de pleine conscience et de « Comme un poisson pané dans un aquarium », couperait sèchement ma mère. Mais il y a aussi des endroits où on ne comprend rien. On s’y retrouve simplement jeté, mélangé, éparpillé. Un oignon frit dans la sauce piri piri. Haché menu et touillé jusqu’à dissolution. Manille entre évidemment dans cette seconde catégorie. Celle des machines à tordre les corps, celle dont les artères routières surembouteillées sont l’épicentre, la raison d’être.

Le Parisien que je suis pense savoir ce qu’est le bordel ; je me dis même que c’est mon univers et que je serais perdu sans. Trente ans plus tard, je débarque donc à Manille et toutes les cartes sont redistribuées. Je réapprends même la définition du mot ariolé. Celui-là même qu’on s’était contenté jusque-là de prendre pour un lointain synonyme de coloré, bizarrement assorti, vaguement tacheté, de formes et de matières différentes. Celui qu’on imaginait être un melting-pot de tous ces qualificatifs saupoudré d’un zeste de folklore. Seulement voila, une image valant mieux que mille mots, on voit son premier jeepney labourer une route et on comprend tout. Les peintures criardes, les néons et le strass, on se met même à rêver d’en emprunter un. Un jour qui sait ?

 

Eugene the Jeep et les 50km/h

Si on ne veut pas se retrouver perdu à tout jamais dans les méandres de Manille, on ne saute pas dans un jeepney sans préparation. Il faut d’abord les étudier de près, apprendre à les connaître, tenter de les apprivoiser. Chacun a son goût ; chacun est unique ; comme autant de touches d’amours et de passions au milieu de la ville ; de la musique ; de la peinture ; beaucoup de peinture, vive et chatoyante. Des souvenirs d’enfance et de famille peints sur la carlingue. Bugs Bunny sur la porte arrière, Goofy et Mickey sur le capot. On tient à 50 à l’intérieur, 10 de plus sur le toit, 15 sur les côtés ; ratatinés dedans ; accrochés au marche pied ; entassés. Le jeepney est le moyen de transport le plus utilisé des Philippines et probablement l’un des plus incroyables au monde. Chaque jour, il est utilisé par des millions de Philippins pour avancer dans leur vie et se débattre dans leur quotidien. Chaque jour, il est un des rouages indispensables de l’économie informelle du pays faisant vivre plus de 300 000 familles, qui les décorent les conduisent ou les réparent.

[…]

Article complet au format papier dans Mayonèz Mag Nº7. Retrouvez tous les aperçus d’articles de Mayonèz Mag dans la section Archives.

Texte : 
Ianis Periac

Illustration:

Jay Stoner 

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UN PAS DE CÔTÉ DANS LES MÉTROPOLES DU MONDE

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