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New Delhi fait peau neuve dans le bruit et la fureur

Société

Inde   //   Reportage

En dépit des ravages causés en Inde par la pandémie de covid-19, le gouvernement du nationaliste Narendra Modi entreprend de donner un nouveau visage à la capitale du deuxième pays le plus peuplé au monde. Nouveau parlement, nouveaux ministères… La politique des grands travaux menée tambour battant vise à tourner la page du colonialisme, 75 ans après l’indépendance.

Les hauts lieux du pouvoir indien sens dessus dessous

Une armée de pelleteuses s’active dans des nuages de poussière épaisse. Les machines labourent fébrilement les anciennes pelouses des colons britanniques, démolissent des bâtiments centenaires, creusent des tranchées, remplissent des camions bennes de tombereaux de déblais. Les marteaux piqueurs provoquent un vacarme indescriptible. New Delhi n’est pas en guerre mais son centre historique offre au regard un paysage de dévastation. Le Rajpath, cette gigantesque avenue royale qui fait la fierté de ses habitants et du pays tout entier, n’est aujourd’hui réduite qu’à un vaste chantier. À l’approche du 75e anniversaire de l’indépendance de l’Inde, le 15 août prochain, la capitale du sous-continent, deuxième poids lourds démographique de la planète avec maintenant près de 1,4 milliard d’habitants, est en plein ravalement. Son premier ministre, Narendra Modi, entend marquer le coup par une politique de grands travaux. À New Delhi, c’est donc le long d’une avenue mythique que s’opère la mue actuelle. Un boulevard cérémonial, comme on dit là-bas, où se tient chaque hiver, le 26 janvier, le traditionnel défilé militaire et festif du Republic Day, la journée qui célèbre la Constitution promulguée en 1950 sous la plume de Jawaharlal Nehru, premier dirigeant de l’Inde post-coloniale.

D’une longueur d’environ 2,3 kilomètres, cet axe s’étire à partir de Rashtrapati Bhavan, l’ancienne résidence du vice-roi des Indes. C’est là, sous un dôme majestueux qui semble avoir été inspiré autant par le classicisme occidental que par les stupas bouddhistes, que loge aujourd’hui le président de la République, dans un jardin somptueux digne de l’Éden, sur la colline de Raisina. À l’autre extrémité trône l’India Gate, la Porte de l’Inde, énorme arc de triomphe érigé en mémoire des dizaines de milliers de soldats du Raj britannique qui combattirent aux côtés des Alliés, durant la Première Guerre mondiale. Entre les deux s’alignent les hauts lieux du pouvoir. L’exécutif, avec le bureau du premier ministre et tous les grands ministères, l’intérieur, la défense, les finances. Des bâtiments de grès rouge mystérieux, devant lesquels sont encore garées d’élégantes Ambassador officielles, ces limousines légendaires de couleur blanche, immaculées, dont la fabrication a cessé il y a moins de dix ans. Et puis le pouvoir législatif, avec le parlement, un édifice cylindrique ventru, protégé comme un coffre-fort, depuis que des terroristes pakistanais sont venus y perpétrer un attentat en 2001.

Au bout du Rajpath, côté soleil levant, coule la Yamuna, l’autre fleuve sacré de l’Inde avec le Gange. Cet assemblage architectural exceptionnel, conçu pour en imposer au sein du Commonwealth, a été dessiné par Sir Edwin Lutyens et Sir Herbert Baker. Ces deux architectes urbanistes ont transformé Delhi en New Delhi lorsque le pouvoir s’est installé ici en 1911, délaissant l’ancienne capitale, Calcutta. Le projet, baptisé Central Vista a été inauguré en 1931. Une autre époque.

La « Nouvelle Inde », jeune fille de 75 ans

Cette année, la parade du 26 janvier s’est révélée particulièrement acrobatique. Elle a donné des sueurs froides au ministère des travaux publics, qui avait reçu ordre de suspendre les travaux et de rendre la zone accessible au public, alors même que les engins sont engagés dans une véritable course contre la montre. L’ensemble des 3 000 ouvriers qui interviennent sur place jour et nuit, depuis plus de deux ans maintenant, ont été mobilisés pour monter dare-dare des tribunes entre les palissades, jeter dans la précipitation des passerelles provisoires au-dessus des canaux qui bordent l’avenue, nettoyer un tant soit peu les rues alentour. Bref, donner le temps d’une journée une allure respectable au Rajpath, où la plupart des 3 900 arbres à l’ombre desquels les Delhiites ont pour habitude de se rafraîchir en été ont été arrachés. Pour l’heure, les travaux sont très impopulaires. Ils ont des allures de plaie béante et perturbent singulièrement la circulation automobile. Il n’empêche… Les touristes indiens jouent les curieux et viennent se prendre en photo tous les jours devant les engins de chantier, dans la joie et la bonne humeur.

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Texte et Photographie : 
Guillaume Delacroix

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UN PAS DE CÔTÉ DANS LES MÉTROPOLES DU MONDE

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