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Maman, j’ai toujours rêvé d’être un biker

Société

Laos //   Expérience

Des montagnes aux îles du fleuve, avec lenteur ou rapidité, les fesses vissées sur le siège pour épouser les lacets de la route et en explorer tous les recoins, traverser le Laos à moto est une expérience inoubliable durant laquelle – biensûr – rien ne va jamais comme prévu. 

Au début, on voulait traverser le Vietnam à moto. On en rêvait depuis des mois, on en avait parlé à tout le monde, à nos parents et à nos amis. On n’a pas eu les visas qui nous permettaient de rester plus de deux semaines au Vietnam, il a fallu changer nos plans et on s’est dit que le Laos à moto, c’était pas mal aussi. Et puis ça nous laissait le temps d’étudier les différentes options. Dans les rues d’Hanoï, il y en a deux qui se détachent très nettement : la Honda Win et la Honda Wave. La première, c’est celle que tous les backpackers préfèrent. Elle a un gros pot d’échappement, des pneus crantés, de la puissance plein la carrosserie et un embrayage, le style est rétro, les lignes baroudeuses. La seconde, c’est celle que tous les Vietnamiens utilisent, entassés de trois à sept dessus, pour aller au marché ou au travail, à l’autre bout de la ville comme chez le voisin, elle coûte moins cher, est automatique et affiche les lignes étriquées d’un petit scooter de ville.

Dans le quartier des guesthouses, chaque coin de rue a sa Honda Win à vendre mais pas de Honda Wave, il faut dire qu’elle a plus de gueule la Honda Win. Et quand on veut être un motard, il faut avoir du style. Alors, on se renseigne sur celle-ci, on regarde celle-là, une dame arrive, elle appelle un ami qui appelle un ami qui va nous trouver ce qu’il nous faut. Tout ce qu’il nous faut. En cinq minutes chrono, ne bougez pas. Les murs tremblent, un monstre à deux roues arrive. Dessus, un petit homme nous invite à le suivre, il va nous emmener dans les faubourgs, là où on pourra essayer différents modèles. Il n’y aura plus qu’à choisir.

Négociation féroce, petite Vigoureuse

Il accélère, le vent nous fouette le visage, c’est le premier ride de notre vie et c’est grisant. On passe d’un quartier à un autre, d’un bloc de béton à des routes en terre, on vole, on trace et on atterrit à la terrasse d’un café d’une petite rue transversale. Café au lait, verre d’eau. « Ne bougez pas, je vous apporte les motos, vous pourrez les essayer à votre guise. Ici, on sera plus tranquilles. » Alors, on ne bouge pas, on attend et elles arrivent. Une à une polishées, chouchoutées, belles comme des camions, prêtes à être scrutées par notre œil d’expert qui n’a jamais analysé de deux-roues. La première est pas mal mais a la roue arrière qui dit merde à la roue avant, et ça, même nous, on s’en méfie. La seconde est une mobylette rouillée. La troisième est trop petite pour nous deux. La quatrième n’a pas de frein. À la septième, on lui demande de nous emmener directement au dépôt. « Ce sera probablement plus simple ». Il hésite un peu, nous insistons, il accepte. 

Seulement voilà, quand on arrive au magasin, on tombe nez à nez avec les touristes qui vendent les leurs. Exactement les mêmes que celles qu’on recherche. À eux, ils les achètent 50$ dollars. À nous, ils les vendent 220. D’où la petite rue, le café au lait et la réticence. Ballet à trois, on finit par trouver un terrain d’entente qui satisfait tout le monde et on repart avec notre moto. Elle est si belle notre moto qu’on envoie des photos à tout notre répertoire. On part traverser le Laos en moto et faut que ça se sache. On en a tellement rêvé depuis l’époque de Carnets de Voyage et du Che. Seulement voilà, on a les amis qu’on mérite, les nôtres sont des idiots finis alors ils se moquent de nous, nous disent qu’on s’est trompés, qu’on a acheté un scooter – un 50 cm3, qui plus est, pas un 125 – et qu’on n’ira pas loin avec ce truc. Eh oui, on a opté pour la Honda Wave et c’est vrai qu’elle ressemble à un scooter, la Honda Wave, c’est vrai aussi qu’on a l’air de deux ours sur un vélo de cirque quand mon mètre 93 et le mètre 78 de ma compagne se posent dessus mais on voulait « traverser le Vietnam à moto » nous, alors on ne peut décemment pas se résigner à « traverser le Laos en scooter ». On s’entête, notre moto est une moto. C’est même une super belle moto. On l’appellera La Vigoureuse car c’est comme ça qu’on a toujours rêvé de l’appeler.

[…]

Article complet au format papier dans Mayonèz Mag Nº5. Retrouvez tous les aperçus d’articles de Mayonèz Mag dans la section Archives.

Texte: 
Ianis Periac

Illustration: 
Observ

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UN PAS DE CÔTÉ DANS LES MÉTROPOLES DU MONDE

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