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Les dernières footballeuses d’Afghanistan

Société

Portugal   //   Reportage

Elles sont une trentaine, elles ont entre douze et seize ans, et leur vie était devenue un enfer pour la simple et bonne raison qu’elles aimaient le foot. C’était en août 2021 avec l’arrivée au pouvoir des talibans en Afghanistan. Exfiltrées vers le Portugal, elles se battent désormais pour se reconstruire. Cela passera forcément par le football parce que, pour elles, c’est plus qu’un sport.

La nuit vient de tomber sur la banlieue de Lisbonne et pas un bruit ne songerait à en déranger la quiétude. L’autoroute qui sort de la capitale portugaise s’est délicatement évanouie, elle a laissé place à un chemin en terre, étroit et mal éclairé, un chemin entouré de prés silencieux et sombres comme seuls les paysages de profonde campagne peuvent en offrir. Un chemin au bout duquel les blocs de bâtiments immenses et immobiles semblent perdus. Ils ne le sont pas. Ils ont une raison d’être évidente. C’est là que vivent Fatima et sa famille depuis plus de trois mois maintenant. 

Fatima est afghane. Elle fait partie de l’équipe féminine nationale de football des moins de 16 ans. Une spécificité qui l’a longtemps mise en danger, mais qui a fini par lui sauver la vie puisque c’est à ce titre qu’elle – et 25 autres joueuses – ont pu être exfiltrées du pays. Direction le Portugal. La banlieue de Lisbonne pour elle et sa famille, où elle a du mal à passer inaperçue malgré ses efforts. «  Elle fait partie de l’équipe de réfugiées afghanes  », susurre-t-on par-ci, « Ces filles sont tellement inspirantes », dit-on par-là. «  Elles sont incroyables.  » «  Et si jeunes ! Tu connais leur histoire ?  » Elles sont ceci, elles sont cela, leur arrivée a fait un peu de bruit dans le coin, il y a eu quelques lignes dans les journaux et puis le bouche-à-oreille, la curiosité, l’envie de savoir. Mais finalement c’est sûrement Farkhunda Muhtaj qui parle le mieux de cette histoire. Elle qui est venue rendre visite à Fatima ce soir-là alors qu’elle vit à Toronto au Canada, où elle a grandi avec ses parents afghans qui ont fui le régime des talibans dans les années 1990. Elle qui est la capitaine de l’équipe nationale féminine afghane et qui est devenue la coach de Fatima et de ses coéquipières au fil des semaines, mais surtout leur confidente, leur amie, leur mentor. Elle qui a tout organisé pour les faire fuir du pays aussi. C’était en septembre 2021, et elle le raconte avec pudeur.

Alors quand elle dit : «  J’ai fait ce qu’il y avait à faire  », il faut comprendre qu’elle a remué la terre, le ciel, la CIA, les organisations humanitaires et quelques ambassades pour évacuer Fatima et le reste de l’équipe de leur pays en guerre. C’était en août dernier quand les talibans entraient dans Kaboul. Contactée par la Fédération de football du pays pour venir en aide à une trentaine de jeunes filles âgées de 12 à 16 ans dont la vie était désormais menacée pour la simple raison qu’elles aimaient le football, elle a immédiatement dit «  oui  ». Que pouvait-elle dire d’autre  ? Quelques jours plus tard, elle était ajoutée au groupe WhatsApp au travers duquel les filles communiquaient et devenait du même coup leur seul espoir. Celle qui allait les sortir de l’enfer depuis Toronto.

[…]

Article complet au format papier dans Mayonèz Mag Nº8. Retrouvez tous les aperçus d’articles de Mayonèz Mag dans la section Archives.

Texte et photographie :
Ianis Periac

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