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Le Rebetiko réveille l’âme des Grecs et réchauffe leur cœur

Culture

Grèce   //   Reportage

Né dans les bas-fonds des grandes villes grecques il y a plus d’un siècle, le Rebetiko est originellement une musique de contestation. Très populaire puis censurée, oubliée, revisitée et enfin revenue en grâce, elle fait partie intégrante de l’identité de la Grèce moderne. Retour sur l’histoire et les secrets de ce style musical qui réunit les générations.

Cœur populaire

Les mezzés s’entassent sur la table et il faut vite commander un nouveau pichet de rouge. Le premier a été descendu d’un trait. Sans saveur. Interdiction de jouer de la musique dans les tavernes et bars de Grèce depuis un mois : le moral des troupes est en berne. Entre deux bouchées de fava et de domatokeftedes, quelques notes de bouzouki transpercent tout à coup le brouhaha. Les fourchettes restent suspendues en l’air, les rakis s’immobilisent dans les verres, les voix s’éteignent et les regards se croisent, incrédules. Un homme, la soixantaine, est assis discrètement dans un coin avec son instrument. À ses côtés, son épouse agite des zilies, de petites cymbales accrochées aux doigts. Alors que les notes, nostalgiques, inondent la taverne de bonheur, elle les accompagne de sa voix mélodieuse. Les sourires tapissent les visages des clients. « Ce sont des amis, ils ont envie de chanter, on ne va pas les en empêcher », glisse malicieusement le patron septuagénaire, clope au bec dans sa salle fermée. Basse de plafond, obscure et enfumée, volets rabattus, parquet en bois craquant, vieux cadres d’époque et vieilles chaises à l’assise en osier, la taverne incarne un parfait décor pour rendre hommage à la musique irrévérencieuse jouée par les deux musiciens : le rebetiko.

À l’image du tango, du blues ou du fado, le rebetiko est une musique de contestation née il y a plus d’un siècle dans les milieux urbains. Son origine plonge dans les bas-fonds des quartiers pauvres des grandes villes de Grèce et d’Asie Mineure – l’actuelle Turquie. Vers la fin du XIXe siècle, dans les prisons du Pirée ou de Smyrne, un argot se développe dans le but de passer des messages codés inaudibles pour la police. « Il s’agit d’un langage crypté car on se cache », explique Panayotis Tsoumas, professeur de langue grecque et auteur d’un mémoire sur les chansons du rebetiko. « On ne sait pas vraiment comment c’était chanté, il a fallu attendre les premiers enregistrements pour savoir ». Ces premiers enregistrements arrivent dès 1905 mais le véritable coup d’accélérateur pour ce genre musical survient il y a un siècle tout pile avec la Grande Catastrophe. Issues de toutes les classes sociales, les familles de réfugiés débarquent en Grèce après avoir tout perdu et se trouvent à la rue ou dans des bidonvilles. La vie est rude pour ces Grecs d’Asie Mineure qui sont discriminés et rejetés par une grande majorité de la population d’Athènes ou du Pirée. Dans ce contexte de pauvreté extrême, le rebetiko émerge alors des tekes, les tanières à haschich, où se retrouvent les manges, les hommes de « mauvaises mœurs ». Le style de Smyrne, dit smyrnéiko, est très orientalisant, mélodieux. Il incarne l’esprit d’exil de cette musique de l’âme. Le smyrnéiko se mélange peu à peu au pireatiko, le rebetiko du Pirée aux sonorités plus sèches. Au début de ce mouvement musical, les chansons sont jouées et chantées par des hommes pour des hommes. La musique appelle à la mélancolie et au romantisme. Le rythme reste assez libre : parfois langoureux, il peut aussi s’emballer et transporter le public. Dans ces tekes où les braillards se chamaillent ou se bagarrent, le chanteur doit élever la voix pour se faire entendre. Il chante haut, atteignant parfois des aigus qui saisissent le spectateur aux tripes. Pour jouer, les précurseurs n’ont besoin que d’un bouzouki, un luth à long manche ou bien d’un baglama, un autre type de luth, bien plus petit – à peine cinquante centimètres. Le baglama est plus discret pour échapper aux contrôles de police et les musiciens vont en avoir bien besoin : à partir de 1936, la dictature du général Metaxas décide d’interdire cette musique jugée immorale et dépravante.

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Article complet au format papier dans Mayonèz Mag Nº7. Retrouvez tous les aperçus d’articles de Mayonèz Mag dans la section Archives.

Texte : 
Marc Nouaux

Photographie : 
Mélissa Pollet-Villard

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