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La terre tremble, et alors ?

Société

Perou   //   Chronique

À Lima, la menace d’un grand tremblement de terre laisse les habitants relativement impassibles. « Que peut-on bien faire ? » semblent-ils conclure fatalement. Zoom sur cette apparente tranquillité.

Lima, mai 2022. Difficile de rester de marbre lorsque la terre tremble. Quand les verres s’entrechoquent, que les meubles cognent contre les murs et que les cris des habitants de mon immeuble parcourent les étages au rythme des secousses, je me retrouve vite en chaussures délacées, à courir dans les escaliers comme un dératé pour atteindre la rue. Mon état de panique, entrainant dans son sillage hyperventilation et tachycardie, contraste alors avec celui de mon épouse, liménienne, sereine, qui parvient tant bien que mal à me rassurer un peu, en chemin vers la sortie. C’est que, bien entendu, je ne l’écoute que si nous sommes d’accord pour sortir ! Et pour cause, le spectre du tremblement de terre de Pisco de 2007 me hante. Une histoire avait fait grand bruit à l’époque : un employé de bureau venu d’Iquitos avait pris ses jambes à son cou devant ses collègues locaux, hilares, habitués à ce que la terre tremble dans leur ville, pour finalement voir l’immeuble dont il venait de s’extraire les ensevelir dans sa chute. Aujourd’hui cependant, ce ne sont que de «  simples secousses  » et, à mesure qu’elles s’espacent, les battements de mon cœur les imitent  ; mon épouse et moi remontons alors dans notre appartement (par les escaliers…). J’apprendrai quelques heures plus tard que l’épicentre était au large de la côte de Lima, pour un séisme de magnitude de moment (échelle désormais préférée à celle de Richter) jugée moyenne. 

Lima, comme toutes les villes côtières du continent américain, se trouve sur la ceinture de feu du Pacifique, où la plaque de Nazca s’enfonce depuis le Miocène sous la plaque continentale sud-américaine, ce qui engendre la surrection des Andes, toujours d’actualité, et qui explique les épisodes sismiques réguliers. Les habitants de la ville ont une attitude particulière face aux tremblements de terre : leur tranquillité masque une angoisse héréditaire réprimée, que leur fatalisme tempère. L’histoire des catastrophes liées au mouvement des plaques tectoniques dans la région explique facilement les peurs. À l’Institut national de Défense civile, on me fournit la liste de tous les séismes et tsunamis que le pays a subis depuis l’arrivée des Espagnols. Rien que ces cent dernières années, 7 128 séismes d’une magnitude supérieure à 2,5 Mw ont été enregistrés au Pérou. Quant à Lima, depuis sa fondation en 1535, on y dénombre plus de 30 séismes dévastateurs dont six tsunamis, trois ayant ravagé la ville. 1746 est une année particulièrement ancrée dans la mémoire collective liménienne. La nuit du 28 octobre, un gigantesque séisme a tué des milliers de personnes avant d’être relayé par une vague de tsunami de 24 mètres de haut. Lorsque l’on sort de Lima en direction de l’aéroport international, une statue de la Virgen de la Legua (une legua équivaut à cinq kilomètres) indique toujours l’endroit où la mer s’est arrêtée ce jour-là : à une legua de la côte. 

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Article complet au format papier dans Mayonèz Mag Nº8. Retrouvez tous les aperçus d’articles de Mayonèz Mag dans la section Archives.

Texte :
Antoine George

Illustration:  
FARO

Photographie:  
Eduardo Cavero

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UN PAS DE CÔTÉ DANS LES MÉTROPOLES DU MONDE

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