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La masseuse de Copenhague

Société

Danemark //   Expérience

Les prédispositions au massage varient d’une personne à l’autre mais le besoin primaire reste le même : être touché. Le danois possède un mot, hygge (prononcé « hugueu »), qui signifie à la fois le confort, la chaleur et la convivialité. Cette notion en appelle ici naturellement au besoin de prendre soin de soi. Plongée au cœur d’un centre de massages où les clients en quête de hygge se succèdent mais ne se ressemblent pas.

« Urgences hygge, que puis-je faire pour vous aujourd’hui ? »

« S’il vous plaît Madame, aidez-moi, je dois reprendre le travail ! » Il est agité, je comprends que le problème est sérieux. La salle de massage est étroite, il se tient près de moi, il sent bon la lessive. Sur les murs blancs, des citations incitent à l’écoute de soi et à la reconnaissance des besoins du corps : « Fais du bien à ton corps pour que ton âme ait envie d’y rester » ou encore « la meilleure façon de prendre soin du futur est de prendre soin du présent ». Des grands posters d’anatomie rappellent que nos corps sont des entités complexes. La lumière du jour est filtrée par les stores, j’ai allumé les trois bougies à piles et lancé le CD de musique douce qui jouera en boucle tout au long de la journée. Un coup d’œil anxieux à l’horloge me confirme ce que je sais déjà : nous n’avons que très peu de temps. Il a réservé un massage de trente minutes, la durée la plus courte dans ce centre situé dans le quartier de Østerbro. Il est surpris lorsque je le retiens de s’allonger sur la table de massage. C’est que je veux d’abord l’examiner assis même si je ne sais pas bien pourquoi. Depuis un mois que je travaille ici, j’accepte de ne pas savoir pourquoi je fais certaines choses car je ne suis pas formée pour masser. Ma carrière de danseuse m’a pourvue d’une certaine intuition quant aux corps et j’ai frappé à la porte de ce salon un peu par hasard. Puis j’ai massé la patronne, Vicktoria, qui m’embauchait trente minutes plus tard. Je persiste donc à laisser l’intuition s’en mêler.

Alors je touche, je palpe, je manipule, j’appuie, et surtout, j’écoute ce que les corps ont à me dire. Comme chaque personne que je masse, cet homme est arrivé dans ma salle avec une requête, une manière de l’exprimer, une énergie, une histoire. Il est barbier depuis trente ans mais une violente douleur au bras droit le retient chez lui depuis deux semaines. Il est allé aux urgences, ils n’ont rien trouvé, alors il vient me voir, moi. Je sens sa détresse, son impuissance. Je fais de mon mieux, j’alterne entre panique et grande concentration. « Oui, oui, c’est exactement là ! Aïe ! » Il me le confirme, comme pour m’encourager, à chaque fois que je passe sur le point où la douleur est la plus aiguë et je règle la force de mes pressions à l’aide de la douleur qu’il m’exprime. Tout en étant attentive à ce que mes mains perçoivent et à ses réactions, mon imagination trottine en arrière-plan. Elle a les jambes déliées dès lors que la personne répond à ma question inaugurale : « Comment puis-je vous aider aujourd’hui ? » Ce ne sont pas tant les informations données qui la nourrissent, mais plutôt la manière, la façon qu’ont mes clients de me les transmettre.

[…]

Article complet au format papier dans Mayonèz Mag Nº5. Retrouvez tous les aperçus d’articles de Mayonèz Mag dans la section Archives.

Texte: 
Aline Combe

Illustration: 
Andrea Ebert

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UN PAS DE CÔTÉ DANS LES MÉTROPOLES DU MONDE

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