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Je suis Blasian, insulaire et énigmatique : d’où suis-je ?

Société

Madagascar    //   Chronique

D’où viennent les Malgaches ? D’Afrique, répond la géopolitique, tandis que la culture défend plutôt des origines asiatiques. D’un point de vue touristique, le territoire malgache appartient aux « îles Vanille » et l’histoire retient une hypothèse de vagues de migration depuis l’Asie du Sud-Est, la côte est africaine et la péninsule arabique vers Madagascar dès le Xe siècle. Autant de considérations qui échappent aux jeunes générations à l’heure de lever le voile sur LEUR identité. Discussion entre amies…

Madagascar est une petite île oubliée de la mondialisation, l’un des pays les plus pauvres au monde qui fait parler de lui de temps à autre, pour des raisons bien anecdotiques telles que la sortie d’un film d’animation portant son nom – qui ne reflète au passage aucunement les réalités de l’île – ou les vacances documentées par des paparazzi ayant suivi Tom Cruise sur l’îlot paradisiaque de Nosy Ankao, au Nord de l’île. On la nomme parfois le huitième continent tant sa superficie est vaste, la classant cinquième plus grande île du monde. Difficile de mettre dans une case ethnographique, géographique ou culturelle cette île et sa population, implantées entre l’Asie et l’Afrique.

Afro-asiatique. Mais plus africaine qu’asiatique… ou est-ce l’inverse ?

À Madagascar, je suis Malgache, ni plus, ni moins. Mon identité n’a été questionnée que lorsque j’ai quitté le pays. Aujourd’hui, je vis en Angleterre et je suis Africaine. Je le sais parce que quand on me demande où se trouve Madagascar, je réponds que c’est une grande île située en Afrique. Dans toutes les démarches administratives où il faut renseigner ses origines, je coche la case « Africaine ». Quand un club de lecture pour femmes africaines se forme au café du coin, je cours m’inscrire.

Dans mon cœur et sur le papier, il n’y a pas de doute. Dans la pratique, c’est une autre histoire. Pendant mes études à Londres, j’ai travaillé dans un restaurant indonésien, où les clients me prenaient très souvent pour une Indonésienne. « Pouvez-vous parler anglais ? », dus-je répéter plus d’une fois durant mon service. Cela dit, la langue indonésienne est tellement proche du malgache (composées toutes deux à 90% de vocabulaire austronésien), que je pouvais parfois deviner au moins leurs émotions. Des Philippins m’ont récemment arrêtée dans la rue pour me demander si j’étais originaire du même pays qu’eux. Ces péripéties identitaires, nombreuses, m’amènent à croire que physiquement, je passe plus pour une Asiatique que pour une Africaine.

Sentiments métissés d’appartenance

Ce qui m’intéresse vraiment, plus que de trouver dans les livres d’histoire et journaux de mon pays quelque argument en faveur de l’une ou de l’autre de ces appartenances, ce sont les témoignages de personnes ayant expérimenté le même type de doute identitaire que moi. « Qui es-tu, Larissa ? » ai-je demandé à une future amie lors d’un atelier autour de la femme et la technologie à Madagascar en 2018. Elle y participait pour présenter son projet d’application mobile à destination des femmes aux cheveux bouclés – une sorte de guide cosmétique interactif. Elle me tint un discours très fort sur l’importance d’accepter et d’aimer ses cheveux naturels, soulignant en creux l’importance de l’acceptation de soi et la nécessité d’être fière de ses origines. « Je suis Africaine et je le revendique. Même quand personne ne le demande, je trouve un moyen de glisser le sujet dans mes discours ».

[…]

Article complet au format papier dans Mayonèz Mag Nº6. Retrouvez tous les aperçus d’articles de Mayonèz Mag dans la section Archives.

Texte: 
Misitia Ravaloson

Photographie: 
Misitia Ravaloson, Vatsiahy R

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