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Genève, une ville où le monde fracturé peut se réconcilier

Société

Suisse   //   Reportage

Au printemps dernier, Joe Biden et Vladimir Poutine tenaient leur premier sommet à Genève pour tenter d’initier une désescalade. Sans succès mais ce moment-là à Genève est venu souligner le rôle de capitale diplomatique tenu par la ville. Avec 19 agences onusiennes, c’est là que les États s’affrontent, coopèrent parfois et font la paix aussi, même si les relations internationales sont à travailler sans trêve.

Où l’on prend la température des relations internationales

Des rues désertées de leur circulation des cyclistes musardent sous le soleil ; ce matin-là, Genève a ses airs de début de confinement. Sauf que c’est une toute autre occasion qui explique cette placidité. Nous sommes le 16 juin 2021 et d’ici quelques heures le président russe, Vladimir Poutine et son homologue américain Joe Biden, doivent tenir leur premier sommet depuis que le second est arrivé à la Maison Blanche. Le canton a beau avoir l’habitude de gérer ce genre de rencontres de haut niveau, les habitants ont anticipé la fermeture de certaines artères pour raisons de sécurité et restreint leurs déplacements. Le convoi de Biden, c’est 70 véhicules et celui de Poutine presque autant. L’axe le plus passant de la ville est bouclé sur des kilomètres. La sécurité est dantesque, avec des allures de Guerre froide. D’ailleurs, l’objectif du sommet est un peu le même que celui entre Reagan et Gorbatchev, qui avait amorcé la fin de celle-ci en novembre 1985, déjà à Genève : la désescalade après les années Trump.

Il ne s’agit pas d’une prise de contact, les deux hommes se connaissent depuis des années. Biden a été vice-président d’Obama, quand Poutine était déjà au Kremlin. La rencontre de quelques heures doit servir à tracer des lignes rouges sur les sujets qui fâchent entre les deux puissances. Ils sont nombreux : le désarmement, les droits de l’homme et Alexeï Navalny, les conflits comme la Syrie ou l’Ukraine ou les cyberattaques russes contre la démocratie américaine. Les deux hommes s’enferment en début d’après-midi dans la villa du XVIIIe siècle, théâtre de leur rencontre. Seuls quelques conseillers assistent à ces débats. Aussi quand la lumière de début d’été s’adoucit dans la soirée, l’attente est grande. Les deux présidents ressortent plutôt satisfaits, du moins si l’on en croit leurs conférences de presse respectives. Joe Biden évoque «un sommet positif». Quelques instants plus tard, Vladimir Poutine lui répond «Nous parlons le même langage».

Flotte un certain optimisme. Après les années Trump, enfin le retour de relations internationales plus apaisées, avec un vétéran des discussions de haut-niveau, qui baroude à Washington depuis près de 50 ans ? C’est ce que l’on croit alors. Les présidents fixent le cap, les techniciens des ministères règlent ensuite les détails. Logiquement donc, quelques jours plus tard, des délégations de niveau moindre se retrouvent à nouveau à Genève, pour discuter de désarmement. Cela va vite se dégrader. Si bien que quand le secrétaire d’État, Antony Blinken, et le ministre des Affaires Étrangères russe, Sergeï Lavrov se retrouvent à nouveau dans la cité du bout du lac le le 21 janvier 2022, l’urgence est autre. Il s’agit d’éviter l’escalade en Ukraine. Aux frontières du pays, Moscou masse déjà des dizaines de milliers de militaires.

Las, la rencontre au Président Wilson, un hôtel cinq étoiles sur les bords du lac Léman, ne donne pas grand-chose. L’invasion de l’Ukraine surprend le monde le 24 février au matin. 

Inutile alors, ce processus ? Pas pour ce diplomate en poste dans une mission permanente à Genève. «Biden connaît Poutine depuis bientôt 20 ans. Si les États-Unis ont tant prévenu sur l’invasion imminente de l’Ukraine, au point que beaucoup les ont traités d’alarmistes, c’est qu’ils avaient des informations des services de renseignement sur ce qui se passait sur le terrain. Et aussi que ces rencontres servent à prendre la température, y compris de façon presque psychologique». Reviennent alors quelques images genevoises du printemps. Tandis que Biden était arrivé la veille, Poutine n’avait débarqué que quelques minutes avant le sommet, sans voir personne, comme depuis le début de la pandémie, alors qu’il s’agissait de sa première sortie hors des frontières depuis deux ans ou presque. Pour certains analystes, l’isolement croissant de Poutine au milieu de quelques courtisans, serait l’une des raisons à ses erreurs d’appréciation, qui lui faisaient imaginer qu’il pourrait envahir l’Ukraine, à moindres frais, comme lorsque l’URSS écrasait le printemps de Prague en 1968 ou Budapest en 1956. 

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Article complet au format papier dans Mayonèz Mag Nº7. Retrouvez tous les aperçus d’articles de Mayonèz Mag dans la section Archives.

Texte et Photographie : 
Sébastien Colson

Le président russe, Vladimir Poutine et son homologue américain Joe Biden, sommet 2021 © archives de la maison blanch

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