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Edgar Hilsenrath : un voyage au pays de la satire

Culture

Monde   //   Chronique

Une des questions les plus banales que l’on peut poser à un écrivain est sans aucun doute : Pourquoi écrivez-vous ? Edgar Hilsenrath (1926-2018) a une réponse immédiate : « L’écriture a toujours été une thérapie pour moi. » Pour comprendre en profondeur le sens de cette réponse, il faut prendre connaissance de la vie étonnante et tragique de cet homme.

« Où ai-je ma place ? Au fond, nulle part. Mon pays est dans ma tête. »

Edgar Hilsenrath est né à Leipzig en 1926, de parents juifs, comme il l’écrit dans sa nouvelle autobiographique La Langue allemande est mon seul pays. En 1929, sa famille s’installe à Halle-sur la Saale. Très vite,  il découvre à l’école le goût pour l’écriture. Il fait également connaissance avec l’antisémitisme infligé aussi bien par ses camarades que ses maîtres. Dès 1938, la famille est ruinée quand le commerce de son père est boycotté. Ils se séparent, le père l’envoie dans la province de Bucovine, en Roumanie, dans la ville de Siret où vivaient ses grands-parents. Pour Hilsenrath, cette ville est celle avec laquelle il garde les liens les plus étroits. Il s’y sent heureux car, libéré de la menace nazie, il découvre un espace multiculturel dans lequel de nombreuses communautés vivent en harmonie. Malgré son jeune âge, il devient membre d’une organisation sioniste. Mais la famille est déportée par les Russes à Moguilev-Podolski, ville ukrainienne en ruine, dont le ghetto  sera ensuite contrôlé par les nazis et les Roumains. La famine, le froid, le typhus, les mauvais traitements et les déportations constituent son quotidien, mais un permis de vie, document d’un cynisme écœurant délivré par les nazis et obtenu car il travaille, lui permet de survivre. Cette expérience sera la source de son premier roman, d’un réalisme cru : Nuit. Le ghetto est libéré en 1944 par les Russes. Il est séparé de sa mère et de son frère car les Russes veulent l’envoyer en Sibérie dans un camp de travail, mais il réussit à leur échapper et se rend à Czernowitz, toujours en Ukraine. Entre temps, sa mère et son frère, découvrent que le père de famille est toujours en vie, qu’il se trouve à Lyon et partent le rejoindre à pied, depuis la Roumanie. Sur la route, sa mère se fait voler le manuscrit de son premier roman, qu’il avait écrit à quatorze ans. Vers dix-huit ans, il part à Bucarest grâce à son lien avec l’organisation sioniste de Siret puis on lui propose de gagner la Palestine. Sur le chemin, il est à nouveau interné par les Russes en Bulgarie, à Stara-Zogara. Libéré après deux mois, il se remet en route en passant par la Turquie, la Syrie et le Liban. Il arrive enfin à destination.

Arrivée en Israël et nouveau départ : la France et les États-Unis

En Israël, il n’a pas l’impression d’être chez lui et trouve qu’il n’a rien de commun avec les Israéliens, se sentant juif parmi eux. À ce moment-là, il écrit à Max Brod, l’ami intime de Kafka à qui on doit la publication des grands romans inachevés de l’auteur, pour lui confier qu’il veut devenir écrivain et écrire en allemand. Il lui demande des conseils pour mieux maîtriser cette langue. Brod le conseille et lui demande de lui envoyer un passage de Nuit dès qu’il aurait avancé. Dès lors, il écrit furieusement mais jette tout et n’écrit plus à Brod, ce qu’il regrettera amèrement. Hilsenrath quitte finalement la Palestine en 1947 pour retrouver son père à Lyon : ils auront du mal à se reconnaître, après ces dix années de séparation. Il reprend la rédaction de Nuit en 1950, en France, puis part aux États-Unis pensant trouver un paradis. Mais il ne s’y plait pas, il vit dans un isolement complet, se sent « un numéro dans une société de robots » et trouve que l’argent domine la société. Il fait une quantité de petits métiers. Il termine pourtant Nuit dont le manuscrit, écrit en allemand, compte plus de mille pages. Après ces quelque vingt ans de gestation, le roman est publié en Allemagne en 1964. Il s’y rend en 1965 pour en faire la promotion mais, sans moyen d’existence, ne parvient pas à s’y installer. Il reste quelque temps à Munich où il écrit Le Nazi et le barbier. Ayant épuisé ses ressources, il revient aux États-Unis où il reste jusqu’en 1975. À cette date, il décide de retourner en Allemagne et choisit Berlin, ville qui lui semble offrir des conditions idéales pour un écrivain. Il y trouve un éditeur pour son nouveau roman et puisqu’il s’y sent très bien, il y reste.

[…]

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Texte : 
Jean-Luc Pauthier

Illustration :

 

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