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Droit de chambrer et obligation de rire (de tout)

Culture

Afrique de L’ouest //   Portrait

 La vie en société induit un ensemble de codes qu’il faut assimiler. Dans les pays d’Afrique de l’Ouest, depuis près de huit siècles, le « cousinage à plaisanterie » simplifie ce processus et met sur un même pied d’égalité des individus que leur différence de statut social, de croyance ou encore d’origine tend à opposer, parfois violemment. Oui, il est bel et bien question de pacifier les peuples par l’humour. Explications prodiguées par un « cousin à plaisanterie ».

Histoire (vraie)

Grâce au cousinage à plaisanterie, j’ai été témoin d’échanges qui auraient fait rougir le plus osé des scénaristes hollywoodiens. Je me souviens de la Casamance – région au sud du Sénégal. Un homme entend soudain une voix forte derrière lui : « Infâme mangeur de porc, pourquoi tu ne viens pas à la mosquée ce vendredi pour que je te convertisse à l’Islam ?! » Cet homme est le curé du village ; son interlocuteur : l’imam. Ce dernier est de l’ethnie sérère, l’autre est diola. « Mon Dieu, si tu savais à côté de quoi te fait passer ton prophète, tu ne resterais pas musulman une seconde de plus. Mon grand-père m’a toujours dit que les sérères n’étaient pas très malins mais je vais finir par le croire ! On dit que tout est bon dans le cochon, non ?! » répond le curé. Si cette relation, basée sur des blagues surréalistes, existe entre les deux hommes, c’est qu’ils sont « liés » par ce pacte de parenté à plaisanterie, une pratique originaire d’Afrique de l’Ouest.

Le travail de mémoire, de partage et de collecte effectué par les historiens, les griots – passeurs de l’histoire de l’Afrique de l’Ouest – et des chroniqueurs arabo-berbères tel qu’Ibn Battûta (auteur de récits de voyage au XIVe siècle), a permis en 2014 à l’UNESCO de reconnaître le cousinage à plaisanterie comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Si l’oralité joue un rôle très important dans la transmission de us et coutumes des descendants des peuples mandingues, rendant parfois difficile la datation des évènements, la mythologie sénégalaise rappelle quant à elle le devoir d’amour et de paix qui lie Diolas et Sérères, depuis la nuit des temps donc. De fait, il était une fois les sœurs Aguène et Diambogne remontant le fleuve Gambie […] Leur pirogue se rompt ! Aguène, future mère des Diolas, s’accroche au bout de barque dérivant vers le sud tandis que Diambogne, bientôt mère des Sérères, vogue vers le nord accrochée à l’autre moitié de l’épave. Peu importe la séparation, le destin, les différences, Diolas et Sérères sont dès lors cousins.

Au XIIIe siècle commence l’ère de l’Empire du Mali, sous le règne du légendaire mansa (roi, dans toutes les langues mandingues) Sundjata Keïta. Il semble que cette époque sanguinaire soit propice à la réflexion de gens de bonne volonté, qui en appellent à l’héritage des sœurs Aguène et Diambogne et qui , sous l’arbre des négociations, scellent par le droit de moquerie, la paix de peuples jusque-là en conflit.

[…]

Article complet au format papier dans Mayonèz Mag Nº5. Retrouvez tous les aperçus d’articles de Mayonèz Mag dans la section Archives.

Texte: 
Ibrahima Cissé

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UN PAS DE CÔTÉ DANS LES MÉTROPOLES DU MONDE

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