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De la terrasse en tant qu’art de vivre

Société

Grèce    //   Expérience

Ensoleillée, dotée d’une gastronomie réconfortante, chargée d’histoire et merveille naturelle, la Grèce maîtrise aussi à la perfection un art qui suspend le temps : celui de s’asseoir en terrasse – ou comment comprendre une culture et jouir de l’instant présent.

S’asseoir sur une terrasse grecque, c’est partager un moment de grâce. Les pressés sont priés de commander une boisson à emporter dans le tumulte de leur vie ou même carrément de regagner Paris. En Grèce, il est indispensable de prendre son temps. Que ce soit dans un village de montagne, dans un port de pêche au bord de la mer ou au centre d’Athènes, la terrasse se vit sensiblement de la même façon : avec volupté. Commençons par la capitale, Athènes. La ville est bordélique sur le plan urbanistique, pas franchement facile pour circuler et parfois bouillante quand le ton monte entre deux personnes – au cours d’une dispute, j’ai d’ailleurs vu un homme littéralement rouge de colère comme dans un dessin animé. Il ne faudrait pas ajouter davantage de chaos. Alors, on cherche à profiter de la quiétude d’une table placée à l’ombre d’un olivier, d’un oranger ou d’un parasol patiné par le temps. Quand on s’installe ainsi, voyant arriver le verre d’eau systématiquement offert par la maison, on ne retrouve que les avantages de l’Athènes tentaculaire : la capitale grecque devient bienveillante, lumineuse, radieuse, envoutante et sereine. Je dis sereine car la ville a l’habitude de résister aux vents contraires, dus aux invasions du passé, aux guerres civiles ou aux crises économiques. Son art de vivre ne doit pas être étranger à cette résistance et on le ressent aisément au moment de s’asseoir en terrasse. Déjà, il y a de grandes chances pour que le soleil soit au rendez-vous, ce qui est d’un réconfort inestimable. Et si, en plus, on a la chance d’apercevoir l’Acropole du coin de l’œil, le spectacle est encore plus grandiose.

 

Les chapelets claquent autour des cafés frappés

Cette force tranquille émanant de la terrasse parfume l’esprit comme le jasmin envahit les narines au moment de commander un café grec ou un frappé. Le café grec est tout simplement du café turc, c’est-à-dire servi avec le marc qui est bouilli dans la briki, la petite casserole dédiée à cet effet. Rebaptisé « café grec » depuis le dernier conflit gréco-turc à Chypre (1967-1974), il est une institution qui se délecte lentement, accompagné d’un loukoum à la rose ou à la bergamote. Le frappé est quant à lui très souvent servi dans un gobelet en plastique car il sera ensuite transporté au-delà de la terrasse par les clients. C’est ainsi que l’on voit des pilotes de deux roues, sans casque, tenir le guidon d’une main et leur gobelet de l’autre : le style accepte mal les règles de sécurité. Expresso ou café lyophilisé froid assorti de glaçons, le frappé est la boisson-phare des Grecs qui peuvent le siroter jusqu’en début de soirée. Tandis qu’ils dégustent leur café, les clients les plus âgés sortent leur komboloï et le font claquer entre leurs doigts. Emprunté à la culture musulmane depuis la présence ottomane (1453-1830), ce chapelet est devenu un objet de culte païen en Grèce et sert de passe-temps autant que d’antistress. Le claquement du komboloï sur la terrasse est à l’oreille ce que sont les feuilles argentées de l’olivier pour les yeux : une agréable routine. Je me souviens d’une matinée de juin entre Sparte et Kalamata, sur les pentes d’une des plus belles montagnes du Péloponnèse. Dans le village d’Artemisia, je m’étais arrêté à un café traditionnel, où seuls des hommes étaient attablés, assis à côté les uns des autres, tous regardant vers le même horizon. Les chapelets claquaient avec vigueur, à l’ombre d’une avancée de toit en tuiles. Le ciel était bleu et les bruits de moteur venaient parfois troubler la quiétude d’un lieu préservé du stress. On a discuté de tout et de rien. Surtout de rien et c’était bon. Parfois, les bras de la terrasse se levaient de concert pour saluer un automobiliste. On m’expliquait alors qu’il s’agissait d’untel ou d’un autre, on me racontait l’histoire du village, la rénovation de l’école, la naissance imminente d’un troisième petit-fils. Le café grec, à cet instant précis, était absolument savoureux.

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Article complet au format papier dans Mayonèz Mag Nº6. Retrouvez tous les aperçus d’articles de Mayonèz Mag dans la section Archives.

Texte: 
Marc Nouaux

Photographie: 
Mélissa Pollet-Villard

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