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Dans l’ombre et la chaleur de la cité

Société

Monde   //   Photofiction

Il est difficile de rester insensible à l’attrait de ces images urbaines. Il faut pourtant se demander si l’apparente tranquillité estivale ne dissimule pas une entreprise moins sympathique, potentiellement criminelle. Certaines activités sont conduites par une organisation structurée et hiérarchisée. Un assemblage des observations attentives dessine un paysage de délinquance autour du trafic des stupéfiants.

C’est là que nous nous rencontrons ou dans un lieu semblable. La canicule fond l’asphalte, celle de l’année dernière ou de l’été d’avant. Dans la ville en léthargie errent de rares marcheurs. Chacun cherche l’ombre et le courant d’air. L’obscurité n’offre aucune fraicheur ; la nuit reste torride ; les rares souffles du vent déplacent mollement la tiédeur.

Rodrigo

Nous remarquons cet homme au couvre-chef importé du Panama. Il revit à pas comptés son souvenir d’enfance, celui où il risque sa vie au bord du précipice formé par le caniveau. Il veille à ne pas poser le pied sur les joints entre les dalles de granite. Il ravive sa crainte de bambin que le ciment cède sous son poids et le précipite dans l’abime.

Il se charge de la satisfaction du client et du service après la vente. Il déploie un éventail d’arguments pour convaincre de la qualité du produit et fidéliser les acquéreurs. Il pactise avec la crainte qu’un mécontent se fâche et l’agresse. Prudent, il garde toujours à portée de main de quoi se défendre bien qu’il compte sur son sens du dialogue.

Il se rend sur le lieu d’une livraison. Il sait qu’une difficulté requiert son intervention. Il découvre sur place un refus de paiement et l’agression du livreur. Celui-ci se défend et alerte son chef, également présent. Ils reprennent la marchandise. Le client indélicat finit en sang sur le parking des urgences. On l’inscrit en liste noire : plus rien pour lui.

L’homme au panama se charge aussi de la sécurité de la chaine logistique. Il programme et suit à la trace l’acheminement entre les lieux de production et les revendeurs. Il tient à jour la circulation des conteneurs et s’assure de remédier aux éventuelles ruptures d’approvisionnement. Il dirige une équipe prête à intervenir, armée s’il le faut.

 

Nous nous rencontrons dans la touffeur. Nous fuyons d’un même mouvement le confinement domestique. Si l’appel de l’extérieur peut offrir une dérivation à la température, il n’en fait pas disparaitre les effets : le pied lourd peine à se détacher du bitume, l’œil cherche en vain un espoir d’oasis. Dans la cité en sueur, nous promenons la nôtre.

Isis

Nous identifions cette victime de la mode. Elle écume les enseignes de marque dont elle ressort le bras chargé de sacs siglés. Son chargement de chiffons et autres accessoires vient encombrer sa garde-robe déjà pléthorique. Elle la vide périodiquement en revendant en ligne des articles jamais portés. Elle se crée des obligées en donnant le reste.

Cette femme d’affaires enrichit son cercle de relations influentes. Avocates pénalistes et fiscalistes, élues municipales ou régionales côtoient dans son carnet d’adresses banquières, magistrates et journalistes. Elle renforce sans trêve son réseau. Celles qui se joignent à elle ignorent les services qu’elles vont lui rendre et sous quelle pression.

Ses débuts sont modestes, dans la livraison de marchandises illicites. Au fur et à mesure des situations les plus tendues dont elle triomphe, elle étend le territoire confié qui devient le sien. Son indépendance repose sur un fournisseur complice et une redevance au cartel. Elle s’en affranchit en courtisant des concurrents qui respectent son autorité.

Elle diversifie son activité de distribution et l’élargit sans souci des frontières ; un douanier s’achète. Sa logistique repose sur les compagnies de transport terrestre, maritime et aérien qu’elle contrôle. Elle transforme ses associés en sous-traitants et manipule ses rivaux pour qu’ils s’affrontent entre eux. Elle affirme vivement sa domination.

[…]

Article complet au format papier dans Mayonèz Mag Nº5. Retrouvez tous les aperçus d’articles de Mayonèz Mag dans la section Archives.

Texte: 
Claude Ballereau

Photographie: 
Éric Houdoyer

Galerie: 
GADCOLLECTION

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UN PAS DE CÔTÉ DANS LES MÉTROPOLES DU MONDE

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