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Colombo, projection de nos vies futures

Société

Sri-Lanka   //   Reportage

Dans la capitale sri lankaise, la population redouble d’inventivité pour survivre à la crise sans précédent qui secoue le pays. Ce règne de la débrouille fait écho à « la fin de l’abondance » qui pourrait frapper bientôt l’Europe, où des pénuries d’énergie et de denrées alimentaires pourraient s’ajouter aux dégâts causés par le changement climatique.

La vie a pris un drôle de tour au Sri Lanka. Douloureusement ébranlé par les attentats islamistes de Pâques 2019 qui avaient fait 258 morts et 500 blessés, le petit pays d’Asie du sud, peuplé de 22 millions d’habitants, s’est sévèrement isolé pendant la pandémie et traverse maintenant une crise politique sans précédent. Sous le coup des scandales, de la déroute économique, de la dévaluation de la roupie, des tensions communautaires entre bouddhistes et musulmans, ses dirigeants ont pris la fuite. L’île de l’Océan Indien voisine méridionale de l’Inde n’a plus de dollars en réserve pour rembourser les dettes astronomiques qu’elle a contractées à l’étranger et notamment auprès de la Chine pour financer la construction d’infrastructures pharaoniques. Elle ne peut à présent presque plus importer les produits essentiels comme le pétrole ou les engrais.

De tempérament précautionneux, Chandra (le prénom a été changé) cache depuis bientôt un an un gros baril d’essence dans un local d’apparence anodine, en banlieue de Colombo, la capitale. Agé de 42 ans, ce père de famille avait senti par avance que son pays courait un danger et que les pénuries allaient devenir son lot quotidien. En décembre 2021, il a constitué un stock de carburant pour son usage personnel. « Le stockage n’est pas illégal. Ce qui est interdit, c’est de revendre l’essence à prix d’or », souligne-t-il. Depuis que le Sri Lanka s’est déclaré en faillite, en avril 2022, le pétrole est devenu une denrée rare. Les importations maritimes en provenance des pays du Golfe ou de Russie s’effectuent au compte-gouttes. Chandra, lui, roule avec un petit scooter de 50 cm3, « qui consomme extrêmement peu ». Il a devant lui environ dix-huit mois d’autonomie, en remplissant discrètement son réservoir à la nuit tombée, à l’abri des regards. « Mon baril est traité anti-corrosion et je possède les adjuvants qu’il est nécessaire d’ajouter régulièrement à l’essence, faute de quoi elle serait périmée au bout de six mois. Pour faire tourner mon scooter, je prélève en priorité sur mon stock. Et dès que je peux acheter quelques litres d’essence nouvelle, je l’ajoute au baril », explique-t-il.

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Article complet au format papier dans Mayonèz Mag Nº9. Retrouvez tous les aperçus d’articles de Mayonèz Mag dans la section Archives.

Texte  :
Guillaume Delacroix

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UN PAS DE CÔTÉ DANS LES MÉTROPOLES DU MONDE

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