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Cantagallo : dans les méandres des kénés

Culture

Pérou  //   Reportage

Les Shipibos-Conibos de Lima sont la seule communauté indigène amazonienne urbaine du Pérou. Un malheureux concours de circonstances politiques les a encouragés à sortir de leur protectrice « grande forêt » en 2000, la misère les a ancrés en banlieue de Lima et pourtant, leur amour, leurs valeurs et leur connexion au vivant sont restées intactes et il semble que leur avenir s’annonce sous de meilleurs auspices. Immersion…

Qui sont les Shipibos-Conibos de Cantagallo ?

L’incendie faisait rage et le désespoir étaient palpable. Les familles voyaient leurs maisons de contreplaqué disparaître dans les flammes avec tous leurs biens et cherchaient les leurs au milieu de la panique générale, dans la lueur infernale du brasier. Ronin se rappelle de ce jour de novembre 2016 et raconte comment une simple bougie a détruit plus de 480 maisons et laissé 500 familles sans abri, dont la sienne. Il faut dire que les maisons du quartier de Cantagallo sont faites de contreplaqué, ces petites maisons préfabriquées de 20 à 30 mètres carrés, qui sont communes dans tous les « quartiers jeunes » (bidonvilles) des banlieues pauvres de Lima.

Cinq ans après, cet incendie ravageur est encore présent dans la mémoire de tous les habitants de Cantagallo, seule communauté indigène amazonienne urbaine, installée sur une ancienne décharge comblée et aplanie au bord du río Rimac. Suite à l’incendie de 2016 les autorités ont promis à la communauté de reloger les familles affectées. La promesse n’a pas été tenue et les Shipibos ont reconstruit eux-mêmes leur quartier. 

Ils sont un des trois principaux peuples indigènes de la « grande forêt » avec les Aguajuns et les Ashaninkas, et comptent près de 26 000 personnes dans leurs rangs, plus habituées au vert des arbres qu’au gris de la ville. Je me demandais comment ils étaient arrivés dans la jungle urbaine de Lima. C’était en 2000, lors de la marche spontanée des cuatro suyus, réunissant un peuple excédé par la corruption et la fraude électorale du Président Alberto Fujimori, qui briguait alors un troisième mandat. Le futur Président Alejandro Toledo tentait de récupérer le mouvement et demandait à tous les peuples indigènes du Pérou de venir à Lima pour se joindre à la révolte. Un an après, suite à la fuite du « chino » (Fujimori) et au court mandat du Président intérimaire Valentín Paniagua, Toledo allait le remplacer et s’installer dans le Palais de Pizarro. Le parti de Toledo avait promis monts et merveilles et surtout des terrains aux Shipibos qui viendraient à Lima prêter main forte aux manifestants. Une fois au pouvoir, ses militants avaient tout simplement oublié leurs promesses et abandonné à leur sort les quatorze familles recrutées pour les manifestations, qui se retrouvaient soudain perdues dans une ville, dans un monde, qui leur était étranger autant qu’étrange.

Sans moyens et sans possibilité de retour dans leurs communautés respectives en Amazonie, les Shipibos de la révolte en faisaient les frais et se retrouvaient à vivoter en proposant leur artisanat aux passants dans les rues de Lima, sous les regards curieux ou réprobateurs des Liméniens, souffrant de discrimination et de racisme à géométrie variable. Ils dormaient dans la rue où ils pouvaient et survivaient tant bien que mal jusqu’à ce qu’ils installent leur campement sur une ancienne décharge comblée au bord du fleuve, un fleuve qui faisait grise mine comparé au grands ríos amazoniens mais, comme le disent de nombreux Shipibos de Cantagallo aujourd’hui, la rivière leur « donne de l’énergie ». Aujourd’hui et malgré toutes les pressions, Cantagallo compte plus de 2 000 personnes et c’est la plus grande communauté Shipibo-Conibo du Pérou – l’unique « communauté indigène » de Lima qui fonctionne comme telle.

[…]

Article complet au format papier dans Mayonèz Mag Nº5. Retrouvez tous les aperçus d’articles de Mayonèz Mag dans la section Archives.

Texte: 
Antoine George

Photographie: 
José Vidal

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