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Belgrade, entre Est et Ouest, la rencontre des mondes

Société

Serbie    //   Portrait

L’histoire de Belgrade a toujours été celle de la rencontre et de la confrontation entre des mondes différents. Depuis les années 1990, elle reste l’une des plaques tectoniques de l’Europe, une métropole à la fois proche et lointaine de l’Occident, où l’on est sans cesse confronté à une altérité créatrice d’une énergie vitale rare.

Comme si le lendemain n’existait pas
Septembre 2002. Le train arrivait de Varsovie. Là-bas au nord, l’automne semblait déjà s’installer, tout droit venu des immensités russes. À la gare de Belgrade, vaste édifice jaune à l’architecture austro-hongroise, il faisait encore chaud en cette soirée aux airs de fin d’été. À l’époque, la capitale du reste de la Yougoslavie (Serbie et Monténégro) ne fournissait pas beaucoup de panneaux indicateurs. Les guides touristiques étaient aussi introuvables qu’un Disneyland en Corée du Nord, et le smartphone était dans les limbes. Pour dénicher le centre, il fallait la jouer à l’ancienne :
interroger un habitant. Deux mots de serbo-croate, une pincée d’anglais à l’accent de cuisine, un compliment sur les Yougos qui venaient d’estoquer la grande équipe des États-Unis en finale des Championnats du monde de basket. À ces mots, le gaillard d’un bon mètre 90 avait donné l’accolade. Et la direction aussi. Les Belgradois étaient aussi chauds que l’atmosphère régurgitée par le béton. Sur Knez Mihaïlova, la grande artère piétonne du centre, l’impression se confirmait. Il était 22 heures un lundi soir, et il y avait une foule de samedi après-midi. Les magasins étaient ouverts, et les promeneurs s’enfilaient des petits cornets de pop-corn en déambulant au milieu des terrasses de café élégantes et des stands de jouets en plastique.
Belgrade était-elle belle, moche ? En certains endroits, les façades à l’allure austro-hongroise, et les immeubles art déco du début du XXe siècle avaient du charme. En beaucoup d’autres, c’était la grisaille des immeubles de la reconstruction de l’après Deuxième Guerre mondiale qui l’emportait. Sur Quora, le réseau social américain, circulent parfois des caricatures des métropoles européennes : la vieille ville, la grande artère bordée des mêmes enseignes partout, le quartier d’affaires, les friches industrielles arty pour hipsters. À Belgrade, rien de cela, la ville était différente. Un peu parce qu’il n’y avait pas encore de vols low cost. Surtout parce que la cité de 1,5 million d’habitants était encore trop dans l’histoire pour penser à être touristique. Sur Knez, il n’y avait pas de Virgin Megastore, mais des stands de CD piratés, tenus par des vendeurs qui se fichaient comme d’une guigne des lois sur la propriété intellectuelle, puisque la Serbie ne les faisait pas respecter. Pas de H&M, mais des étals de tee-shirts façon loups hurlant à la nuit de bikers… sauf qu’ils étaient à l’effigie de Ratko Mladic. Le boucher de Srebrenica, recherché par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie  ? Lui-même.
Venant d’Occident, la vision choquait, mais sur place, elle n’avait pas l’air d’émouvoir les foules de passants, pourtant tout sauf nationalistes. Ils avaient l’habitude de vivre au bord du précipice. Pendant dix ans, Belgrade avait été l’antichambre des différentes guerres consécutives à l’éclatement de la Yougoslavie. Au printemps 1999, elle avait fini par être bombardée par les avions de l’OTAN. Tout au moins, des objectifs stratégiques comme des ministères ou des QG de l’armée. « On avait manifesté chaque jour pendant des semaines contre Milosevic en tapant sur des casseroles à l’heure des infos. Les gens commençaient vraiment à vouloir le chasser du pouvoir. Et puis les bombardements avaient ressoudé tout le monde derrière lui. Sentiment d’impuissance terrible… » racontait Ivana, étudiante belgradoise d’une vingtaine d’années. Milosevic avait dénoncé une «  agression  » sans résolution de l’ONU et les bavures qui avaient tué des civils, les fameux «  dommages collatéraux  » de l’OTAN. Cela ne lui avait procuré qu’un répit de courte durée : le 5 octobre 2000, les Serbes avaient fini par le faire tomber eux-mêmes, dans une révolution pacifique.

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Article complet au format papier dans Mayonèz Mag Nº8. Retrouvez tous les aperçus d’articles de Mayonèz Mag dans la section Archives.

Texte et Photographie: 
Sébastien Colson

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UN PAS DE CÔTÉ DANS LES MÉTROPOLES DU MONDE

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